Cabinet Loïc VIAU Patrimoine
Dirigeant

L'épargne salariale, aussi pour le dirigeant : intéressement, participation et PEE en 2026

L'épargne salariale, ce sont les sommes qu'une entreprise verse à ses salariés en plus du salaire, sous une forme très peu prélevée : l'intéressement, la participation et l'abondement d'un plan d'épargne. Beaucoup de dirigeants pensent que c'est réservé aux salariés des grands groupes. C'est faux. Dès que votre entreprise compte au moins un salarié, et jusqu'à 249, vous y avez droit vous aussi. Et à coût égal pour la société, c'est la façon la moins taxée de faire sortir de l'argent vers vous. Voici les règles, les plafonds 2026, ce que ça change face au salaire et aux dividendes, et les conditions qu'il ne faut surtout pas oublier.

Oui, le dirigeant y a droit, à une condition

Le Code du travail est explicite : dans les entreprises qui emploient au moins un salarié et moins de 250, l'intéressement, la participation et les plans d'épargne sont ouverts au chef d'entreprise, au président, au directeur général, au gérant, aux membres du directoire, ainsi qu'au conjoint ou partenaire de PACS qui a le statut de conjoint collaborateur ou de conjoint associé. Président de SAS ou de SASU, gérant majoritaire ou minoritaire de SARL, entrepreneur individuel qui emploie, profession libérale en société : le régime est le même, quel que soit votre statut social.

La condition, c'est le salarié. Il doit s'agir d'une autre personne que vous, et que votre conjoint collaborateur. Une société dont le seul salarié est aussi le président ou le gérant ne peut pas conclure d'accord. Un dirigeant seul se tourne plutôt vers le plan d'épargne retraite individuel, dont les versements se déduisent de ses revenus.

Deuxième point à avoir en tête dès le départ : l'épargne salariale est collective. Tous vos salariés en bénéficient, au plus tard après trois mois d'ancienneté, selon les mêmes règles que vous. Ce n'est pas une prime réservée au dirigeant. C'est un outil de partage qui, bien construit, rémunère aussi le dirigeant. Dans cet ordre.

Et depuis 2025, pour les entreprises de 11 à 49 salariés qui dégagent un bénéfice net fiscal d'au moins 1 % du chiffre d'affaires trois exercices de suite, mettre en place un dispositif de partage de la valeur est devenu une obligation, à titre expérimental pour cinq ans. Si vous êtes concerné, autant choisir le dispositif qui vous profite aussi.

Les trois outils, et ce qu'ils peuvent vous verser en 2026

OutilCe que c'estCe que le dirigeant peut recevoir
L'intéressementUne prime liée à des objectifs de résultat ou de performance, fixés à l'avance dans un accord de un à cinq ans. Le montant doit rester incertain : pas d'objectif atteint, pas de prime.Jusqu'à 36 045 € par an (75 % du plafond de la Sécurité sociale). L'enveloppe totale est limitée à 20 % de la masse salariale, votre rémunération comprise.
La participationUne part du bénéfice, redistribuée selon une formule. Obligatoire à partir de 50 salariés, volontaire en dessous.Moins de 50 salariés : comme vos salariés, jusqu'à 36 045 € par an. De 50 à 249 : seulement la part qui dépasse la formule légale, si l'accord le prévoit.
L'abondementLe complément que l'entreprise ajoute à vos propres versements sur un plan d'épargne entreprise (PEE) ou un plan d'épargne retraite collectif, jusqu'à trois fois ce que vous versez.Jusqu'à 3 844,80 € par an sur le PEE (8 % du plafond de la Sécurité sociale) et 7 689,60 € sur le plan retraite collectif (16 %).

Une règle de répartition mérite votre attention. Quand l'intéressement est réparti proportionnellement aux salaires, votre rémunération n'est retenue que dans la limite du salaire le plus élevé versé dans l'entreprise. Si vous vous versez 80 000 € et que votre meilleur salarié en gagne 35 000, votre part est calculée sur 35 000. Une répartition uniforme, la même somme pour chacun, contourne cette limite, et c'est souvent la plus simple à faire accepter dans une petite équipe.

Dernière précision : la prime de partage de la valeur, l'ancienne « prime Macron », est réservée aux salariés. Le dirigeant sans contrat de travail n'y a pas droit.

Pourquoi c'est la rémunération la moins prélevée

C'est ici que l'angle fiscal devient intéressant, des deux côtés de la table.

Pour la société : l'intéressement, la participation et l'abondement sont déductibles du résultat imposable, comme un salaire. Mais contrairement au salaire, ils ne supportent aucune cotisation patronale. Le seul prélèvement possible est le forfait social, et il est à 0 % sur l'intéressement jusqu'à 249 salariés, et sur la participation et l'abondement en dessous de 50 salariés. De 50 à 249 salariés, la participation et l'abondement supportent 20 % (16 % sur le plan retraite collectif sous conditions).

Pour vous : aucune cotisation sociale, que vous soyez assimilé salarié ou travailleur non salarié. Seules la CSG et la CRDS sont prélevées, à 9,7 %. Et si vous placez la somme sur le plan d'épargne dans les 15 jours, elle est exonérée d'impôt sur le revenu. Si vous préférez la toucher tout de suite, elle est imposée comme un salaire. À la sortie du plan, le capital reste exonéré d'impôt sur le revenu ; seuls les gains supportent les prélèvements sociaux, 18,6 % en 2026.

Pour 10 000 € engagés par la sociétéSalaireDividendesIntéressement placé
Ce qu'il vous reste≈ 5 800 € (SAS)
≈ 7 000 € (gérant majoritaire)
≈ 5 700 €9 030 €
Impôt sur le revenuEncore à payer, selon votre trancheInclus (flat tax 31,4 %)0 €
DisponibilitéImmédiateImmédiateBloqué 5 ans (PEE) ou jusqu'à la retraite (plan retraite collectif), sauf cas de déblocage
Droits à la retraiteOuiNonNon

Les montants du salaire et des dividendes sont des ordres de grandeur, repris de mon article dividendes ou salaire : cotisations d'un président de SAS ou d'un gérant majoritaire, impôt sur les sociétés à 25 % puis flat tax de 31,4 %. Le tableau dit une chose simple : sur la même enveloppe, l'intéressement placé laisse 9 030 € nets et sans impôt, là où le salaire et les dividendes en laissent 5 700 à 7 000, impôt sur le revenu non compris pour le salaire. La contrepartie tient en deux mots : bloqué, et collectif.

Un exemple : Claire, quatre salariés, 120 000 € de bénéfice

Claire préside une SAS de conseil avec quatre salariés, exercice calé sur l'année civile, 120 000 € de bénéfice. Elle se verse 60 000 € de rémunération. Son expert-comptable lui parlait de dividendes. Nous avons regardé l'épargne salariale. Les chiffres sont illustratifs, mais la mécanique est exactement celle que nous mettons en place.

L'accord d'intéressement de Claire (répartition uniforme, cinq bénéficiaires)
Enveloppe d'intéressement si l'objectif de marge est atteint25 000 €
Part de chaque bénéficiaire, Claire comprise5 000 €
CSG et CRDS prélevées sur la part de Claire (9,7 %)485 €
Placé sur le PEE de Claire, exonéré d'impôt sur le revenu4 515 €
Versement personnel de Claire sur le PEE1 281,60 €
Abondement de la société (300 %, au plafond)3 844,80 €
Sur le PEE de Claire cette année, sans impôt sur le revenu9 641,40 €

Côté société, les 25 000 € d'intéressement et les abondements sont déductibles du résultat et ne supportent ni cotisations ni forfait social. Les quatre salariés reçoivent la même chose que Claire, ce qui est le prix, et l'intérêt, du dispositif : une équipe intéressée à la marge. Vérification du plafond global : la masse salariale, rémunération de Claire comprise, dépasse 180 000 €, 20 % font 36 000 €, l'enveloppe de 25 000 € passe.

Ce que Claire ne fait pas : baisser sa rémunération pour compenser. L'intéressement ne peut pas remplacer un élément de salaire existant, et il ne construit aucun droit à la retraite. Il vient en plus, pas à la place.

Bloqué cinq ans, oui, mais pas enfermé

Les sommes placées sur un PEE sont indisponibles cinq ans. Sur le plan d'épargne retraite collectif, jusqu'à la retraite. Mais la loi prévoit des cas de déblocage anticipé, et ils couvrent la plupart des grands moments d'une vie :

Un point que beaucoup ignorent : l'abondement versé sur le plan retraite collectif vient réduire votre plafond de déduction du PER individuel. Si vous cumulez les deux, vérifiez la ligne « Plafond épargne retraite » de votre avis d'imposition, j'explique comment dans l'article sur le plafond du PER.

Salaire, dividendes, épargne salariale : dans quel ordre pour vous ?

La bonne combinaison dépend de votre statut, de votre effectif, de votre bénéfice et de vos projets. On la construit ensemble, avec votre expert-comptable si vous le souhaitez.

Prendre un premier rendez-vous sans engagement →

Les cinq pièges que je vois chez les dirigeants

  1. Croire que c'est une prime personnelle. Un accord qui, dans les faits, ne profite qu'au dirigeant est requalifié, avec les cotisations et l'impôt qui vont avec. Vos salariés doivent y trouver leur compte, et c'est ce qui rend l'outil efficace : une équipe qui partage l'objectif.
  2. Remplacer le salaire par de l'intéressement. C'est interdit : les sommes ne peuvent pas se substituer à un élément de rémunération versé dans les douze mois qui précèdent. Et l'intéressement ne cotise ni pour votre retraite ni pour votre prévoyance. Gardez une base de rémunération cohérente avec votre protection sociale ; l'épargne salariale vient au-dessus.
  3. Rater le calendrier. Un accord d'intéressement doit être conclu avant la fin du premier semestre de l'exercice qu'il concerne, soit avant le 30 juin pour un exercice calé sur l'année civile. Celui de 2026 est passé ; celui de 2027 se prépare cet automne. En revanche, un PEE peut s'ouvrir à tout moment, et l'abondement se verse sur les versements effectués avant le 31 décembre. Dans les entreprises de moins de 50 salariés sans représentant du personnel, l'intéressement peut même se mettre en place par décision du dirigeant, à partir de l'accord type proposé par l'Urssaf.
  4. Franchir 50 salariés sans anticiper. À ce seuil, la participation devient obligatoire, le forfait social passe à 20 % sur la participation et l'abondement, et le dirigeant ne touche plus la participation que sur la part dépassant la formule légale. L'architecture se revoit avant, pas après.
  5. Oublier le plafond du PER. L'abondement sur le plan retraite collectif consomme votre plafond de déduction. Un dirigeant qui verse aussi sur un PER individuel doit faire le calcul, sous peine de voir une partie de ses versements non déductible.
Mon avis de conseiller

Quand un dirigeant me dit qu'il se paie en dividendes « parce que c'est moins taxé », je lui demande d'abord s'il a au moins un salarié. Si oui, nous regardons l'épargne salariale avant tout le reste. À coût identique pour la société, elle laisse dans sa poche près d'un tiers de plus que les dividendes, sans impôt sur le revenu, sur un argent qui reste le sien et qu'il peut débloquer pour sa résidence principale.

Mais je refuse d'en faire un montage. L'intéressement fonctionne parce qu'il est collectif et aléatoire : un objectif clair, une équipe qui y croit, une prime qui tombe quand il est atteint. Le dirigeant qui l'aborde comme un outil de partage en tire le meilleur. Celui qui l'aborde comme une astuce fiscale finit par se faire rattraper.

Ce qu'il faut retenir

Si votre entreprise compte de 1 à 249 salariés, l'intéressement, la participation et l'abondement vous sont ouverts, quel que soit votre statut. Pour la société, ces sommes sont déductibles et sans cotisations, avec un forfait social à 0 % en dessous de 50 salariés. Pour vous, 9,7 % de CSG et CRDS, zéro impôt sur le revenu si vous placez, et un capital exonéré à la sortie. En 2026, les plafonds sont de 36 045 € par personne pour l'intéressement et la participation, 3 844,80 € d'abondement sur le PEE et 7 689,60 € sur le plan retraite collectif. Les contreparties sont claires : c'est collectif, c'est bloqué, et ça ne remplace pas un salaire. L'intéressement de 2027 se signe avant le 30 juin prochain ; le PEE et son abondement peuvent encore se mettre en place avant le 31 décembre.

Pour aller plus loin : dividendes ou salaire, comment se rémunérer en tant que dirigeant, le plafond du PER expliqué et tous les leviers pour réduire ses impôts en 2026.

Sources : Code du travail, articles L3312-3 (bénéficiaires de l'intéressement), L3312-4 (régime social et fiscal), L3314-6 (répartition), L3323-6 et L3324-2 (participation et dirigeants), consultés sur code.travail.gouv.fr · doctrine fiscale sur le régime des bénéficiaires du PEE (BOFiP) · Urssaf, intéressement et forfait social · loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 sur le partage de la valeur · loi de financement de la Sécurité sociale 2026 (prélèvements sociaux à 18,6 %) · plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 : 48 060 €. Les montants de l'exemple de Claire sont illustratifs.

Loïc VIAU
Loïc VIAU

Conseiller en gestion de patrimoine, indépendant des banques et des assureurs. J'aide les particuliers et les chefs d'entreprise à investir et transmettre sereinement. Premier rendez-vous sans engagement. Prendre rendez-vous →

← Tous mes articles