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Fiscalité

Plafond du PER : combien pouvez-vous vraiment déduire de vos impôts ?

Le Plan d'Épargne Retraite, ou PER, est un placement bloqué jusqu'à la retraite, dont chaque versement se déduit de vos revenus imposables. Tout le monde connaît la règle des 10 % : vous pouvez déduire jusqu'à 10 % de ce que vous gagnez. Mais presque personne ne connaît son vrai plafond. Il est imprimé sur votre avis d'imposition, et il est souvent bien plus haut que 10 % de vos revenus. Voici où le lire, comment il se calcule en 2026, ce qui le consomme sans que vous le sachiez, et ce qu'un versement vous rend vraiment.

Votre plafond est déjà calculé : il est sur votre avis d'imposition

Ouvrez votre dernier avis d'impôt sur le revenu, celui reçu cet été. En bas, une rubrique s'appelle « Plafond épargne retraite ». Elle indique, pour chaque membre du foyer, le montant que vous pouvez déduire cette année en versant sur un PER. L'administration l'a calculé pour vous à partir de vos déclarations. Vous n'avez rien à demander, juste à lire.

Ce que vous lisez sur l'avis (exemple d'un salarié à 60 000 € de revenus)
Plafond calculé sur les revenus de 20256 000 €
Plafond non utilisé pour les revenus de 20225 700 €
Plafond non utilisé pour les revenus de 20235 800 €
Plafond non utilisé pour les revenus de 20245 900 €
Plafond pour les cotisations versées en 202623 400 €

C'est là que la surprise arrive. Ce salarié pensait pouvoir déduire 6 000 €. Il peut en déduire 23 400 €, parce qu'il n'a jamais versé et que ses plafonds inutilisés se sont accumulés. Multipliez par sa tranche d'imposition, et vous avez l'ordre de grandeur de ce qu'il laisse chaque année sur la table.

Comment le plafond se calcule en 2026

Le calcul dépend de votre statut. Dans les deux cas, il s'appuie sur le plafond annuel de la Sécurité sociale, la référence utilisée pour la plupart des seuils sociaux et fiscaux.

Votre situationRègle de calculMinimumMaximum 2026
Salarié, fonctionnaire, retraité, sans activité10 % de vos revenus professionnels de 2025, nets de cotisations et de frais4 710 €37 680 €
Indépendant (artisan, commerçant, profession libérale, gérant majoritaire)10 % du bénéfice de l'année, plus 15 % de la part du bénéfice comprise entre 48 060 € et 384 480 €4 806 €88 911 €

Trois précisions qui changent souvent le résultat :

Ce qui consomme votre plafond sans que vous le sachiez

Le montant imprimé sur l'avis est un plafond brut. Plusieurs sommes viennent le réduire, et elles ne passent pas par votre compte en banque :

Ces montants figurent sur la déclaration de revenus, aux cases prévues pour les cotisations qui réduisent le plafond. Si vous avez un plan d'entreprise, votre plafond réel est donc plus bas que la règle des 10 % ne le laisse penser. Si vous n'en avez pas, il est intact.

Le report sur cinq ans : la règle qui change tout depuis 2026

Un plafond que vous n'utilisez pas n'est pas perdu tout de suite. Jusqu'en 2025, il pouvait être rattrapé pendant trois ans. Depuis la loi de finances 2026, la part non utilisée se reporte sur les cinq années suivantes. Vos versements sont pris d'abord sur le plafond de l'année, puis sur les plafonds non utilisés, du plus ancien au plus récent.

Concrètement, cela ouvre deux stratégies :

En couple : additionnez vos deux plafonds

Si vous êtes mariés ou pacsés et imposés en commun, vous pouvez demander la mutualisation de vos plafonds : les deux montants sont additionnés en un seul plafond pour le foyer. C'est précieux quand l'un des deux gagne nettement plus que l'autre, ou quand un conjoint n'a jamais versé. L'option se coche chaque année dans la déclaration de revenus (case 6QR) et cesse l'année qui suit les 70 ans de l'un des deux.

Combien un versement vous rend vraiment

Déduire un versement, c'est retirer ce montant de votre revenu imposable. L'économie dépend donc de votre tranche marginale d'imposition : le taux auquel vos derniers euros de revenus sont taxés.

Votre trancheVous versezÉconomie d'impôtVous versez le plafond complet de l'exemple (23 400 €)
11 %3 000 €330 €2 574 €
30 %3 000 €900 €7 020 €
41 %3 000 €1 230 €9 594 €
45 %3 000 €1 350 €10 530 €

Deux nuances importantes. D'abord, l'économie n'est pas immédiate : vous versez avant le 31 décembre 2026, vous déclarez au printemps, et la différence vous est rendue en septembre 2027, sur votre avis d'imposition. Ensuite, un gros versement peut vous faire descendre de tranche en cours de route. Un exemple : vos revenus dépassent de 2 000 € le seuil de la tranche à 30 %. Les 2 000 premiers euros que vous versez sont déduits à 30 % et vous rendent 600 €. Les euros suivants sont déduits dans la tranche du dessous, à 11 % seulement. Verser 23 400 € d'un coup ne rapporte donc pas toujours 7 020 € : cela dépend de la distance qui vous sépare du seuil de la tranche inférieure. C'est exactement ce que le simulateur calcule.

Le plafond est un maximum, pas un objectif

C'est le point sur lequel j'insiste le plus avec mes clients, parce que la ligne de l'avis crée un réflexe dangereux : « j'ai 23 400 € de plafond, il faut que je les utilise ». Non. Quatre règles pour garder la tête froide.

  1. Vous n'êtes pas obligé d'utiliser 100 % de votre plafond, et ce n'est pas du gâchis. Un plafond non consommé n'est pas de l'argent perdu : il se reporte pendant cinq ans. Versez ce dont vous avez besoin pour votre retraite et ce que votre budget permet de bloquer, pas ce que la ligne autorise. Un versement dicté par le plafond plutôt que par votre situation est un mauvais versement.
  2. Ce qui compte, c'est le levier fiscal. Le plafond n'est qu'un maximum. Le rendement d'un versement, c'est votre tranche marginale : 11, 30, 41 ou 45 centimes rendus par euro versé. Deux personnes avec le même plafond de 23 400 € n'ont aucune raison de verser la même somme si l'une est à 11 % et l'autre à 41 %. Le plafond dit jusqu'où vous pouvez aller. Le levier dit si ça vaut le coup.
  3. Simulez l'impact avant de verser. Un versement important peut vous faire descendre de tranche en cours de route : les derniers euros ne rapportent plus 30 % mais 11 %. Le bon montant est souvent celui qui vous ramène juste au seuil de la tranche inférieure, pas un euro de plus. Ce calcul prend deux minutes avec le simulateur ci-dessous, et il évite les versements qui rendent moins que prévu.
  4. Sachez dans quel ordre le plafond se consomme. Vos versements sont pris d'abord sur le plafond de l'année, puis sur les plafonds non utilisés, du plus ancien au plus récent. Le reste le plus ancien est donc le premier utilisé, et le premier qui expire : si vous avez un plafond qui date de cinq ans, c'est lui qu'il faut faire travailler en priorité.

Dans quelle tranche êtes-vous, et jusqu'où le PER vous rend 30 % ?

Le simulateur affiche votre tranche marginale, votre taux moyen et ce que représente chaque tranche de votre impôt. Deux minutes, sans inscription.

Ouvrir le simulateur Impôt sur mon salaire →

Les quatre erreurs que je vois chaque automne

  1. Verser plus que le plafond. La part qui dépasse n'est pas déductible. Elle reste sur le plan et sera moins taxée à la sortie, mais l'avantage à l'entrée est perdu. Vérifiez la ligne de l'avis avant de verser, ou étalez sur deux années.
  2. Verser dans la tranche à 11 %. 330 € d'économie pour 3 000 € bloqués jusqu'à la retraite, puis imposés à la sortie : le compte n'y est pas. Dans ce cas, une assurance-vie fait souvent mieux le travail. Je l'explique dans PER ou assurance-vie : lequel choisir.
  3. Oublier de le déclarer. Un versement sur un PER n'est déduit que si vous le reportez dans la déclaration de revenus, aux cases prévues pour les versements déductibles. L'assureur vous envoie un justificatif au printemps. Sans la case remplie, pas de déduction. Et si le plafond imprimé sur l'avis vous semble faux ou absent, une case permet de le corriger.
  4. Verser après 70 ans. Depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués à partir de 70 ans ne sont plus déductibles. Pour les clients qui approchent de cet âge, les dernières années comptent double.
Mon avis de conseiller

La ligne « Plafond épargne retraite » est, à mon sens, la ligne la plus rentable de tout l'avis d'imposition, et la moins lue. Chaque année, je reçois des clients qui découvrent qu'ils disposaient de 15 000 ou 20 000 € de plafond cumulé, dans une tranche à 41 %. À ce niveau, un versement rend 41 centimes par euro, en septembre suivant, sur un argent qui reste le leur et qui prépare leur retraite.

Mais le plafond n'est pas un objectif. Verser jusqu'au plafond avec de l'argent dont vous aurez besoin avant la retraite est une erreur, quelle que soit l'économie d'impôt. La bonne question n'est pas « combien puis-je déduire ? » mais « combien puis-je bloquer sans me mettre en difficulté ? ». Le plafond fixe la limite haute. Votre budget fixe la vraie.

Ce qu'il faut retenir

Votre plafond PER n'est pas 10 % de vos revenus : c'est la somme imprimée sur votre avis d'imposition, plafond de l'année plus plafonds inutilisés, désormais reportables cinq ans. Pour un salarié, il vaut au moins 4 710 € par an et jusqu'à 37 680 € ; pour un indépendant, jusqu'à 88 911 €. Il se partage en couple, il se réduit si votre entreprise cotise déjà pour votre retraite, et il ne sert plus après 70 ans. Ce qu'il vous rend dépend de votre tranche, et vous le touchez en septembre de l'année suivante. Mais le plafond est un maximum, pas un objectif : versez ce dont vous avez besoin, simulez l'effet de tranche avant, et laissez le reste se reporter. Rappelez-vous enfin que le versement doit être encaissé avant le 31 décembre pour compter sur l'impôt 2026.

Pour aller plus loin : tous les leviers pour réduire ses impôts en 2026 et comment anticiper sa perte de revenu à la retraite.

Sources : rubrique « Plafond épargne retraite » de l'avis d'imposition (impots.gouv.fr) · doctrine fiscale sur la déductibilité des cotisations d'épargne retraite, version du 10 août 2026 (BOFiP) · loi de finances 2026 (report sur 5 ans, fin de la déductibilité à 70 ans) · articles 163 quatervicies et 154 bis du Code général des impôts · plafond annuel de la Sécurité sociale : 47 100 € en 2025, 48 060 € en 2026. Les montants de l'exemple (23 400 €) sont illustratifs.

Loïc VIAU
Loïc VIAU

Conseiller en gestion de patrimoine, indépendant des banques et des assureurs. J'aide les particuliers et les chefs d'entreprise à investir et transmettre sereinement. Premier rendez-vous sans engagement. Prendre rendez-vous →

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