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Gestion active ou gestion passive (ETF) : que choisir pour votre épargne ?

C'est l'un des débats les plus vifs de l'épargne : faut-il investir dans des ETF qui répliquent le marché pour trois fois rien, ou payer une équipe de gérants pour tenter de faire mieux ? Sur les réseaux, chaque camp brandit ses chiffres. Voici ce que disent vraiment les études, ce qu'elles ne disent pas, et mon avis assumé de conseiller.

Deux philosophies opposées

La gestion passive ne cherche pas à battre le marché : elle le copie. Un ETF (aussi appelé tracker) réplique automatiquement un indice, comme le CAC 40, le S&P 500 ou un indice monde. Pas d'équipe d'analystes, pas de convictions, pas de paris : un algorithme achète l'indice, c'est tout. Résultat : des frais très faibles, souvent entre 0,1 % et 0,4 % par an.

La gestion active, c'est l'inverse : une équipe de gérants et d'analystes étudie les entreprises, cherche à anticiper les tendances, surpondère ce qu'elle juge prometteur et évite ce qu'elle juge risqué. Ce travail humain a un coût : comptez généralement 1,5 % à 2,5 % de frais par an. En échange, le fonds vise soit plus de performance, soit une meilleure maîtrise du risque, notamment dans les baisses.

Ce que disent vraiment les études

Commençons par un point de mathématique pure, établi par le prix Nobel William Sharpe dès 1991 : avant frais, la moyenne des investisseurs actifs fait exactement la performance du marché. C'est logique : le marché, c'est eux. Pour qu'un gérant fasse mieux, il faut qu'un autre fasse moins bien. La gestion active dans son ensemble n'est donc ni bonne ni mauvaise : collectivement, elle EST le marché.

Tout se joue donc sur les frais. Et c'est là que les études deviennent sévères : selon les rapports SPIVA (S&P Indices Versus Active), qui comparent chaque année les fonds actifs à leur indice de référence, la majorité des fonds actions gérés activement font moins bien que leur indice après frais sur 10 à 15 ans : environ 86 % des fonds actions européennes, et plus encore sur les actions mondiales ou américaines.

Et l'argument de la protection dans les crises mérite lui aussi d'être nuancé : en 2022, année de forte baisse des marchés, la majorité des fonds actifs européens ont encore fait moins bien que leur indice. La protection en cas de choc n'est pas une propriété automatique de la gestion active : c'est une caractéristique de certains fonds, notamment flexibles ou patrimoniaux, dont c'est précisément le mandat.

Ce que la moyenne ne dit pas

Faut-il en conclure que le débat est plié ? Non, et voici pourquoi : personne n'investit dans « la moyenne des fonds ».

Derrière cette moyenne se cache une dispersion énorme. Une minorité de fonds bat durablement son indice, avec des équipes stables, une stratégie lisible et des résultats réguliers sur 10 ans ou plus. D'autres fonds détruisent de la valeur année après année. Mettre les deux dans le même sac statistique, c'est comme dire qu'il ne faut jamais aller au restaurant parce que la moyenne des restaurants est moyenne.

Le triomphe des ETF est surtout celui des grandes capitalisations

Il faut aussi regarder la gestion passive gagne. Depuis une quinzaine d'années, la performance des grands indices est tirée par une poignée de très grandes valeurs, américaines et technologiques en tête. Or c'est précisément sur ce terrain, le plus analysé et le plus efficient du monde, que battre l'indice est quasi impossible : sur 10 ans, moins de 5 % des fonds actifs de grandes capitalisations américaines font mieux que leurs équivalents passifs (Morningstar). Sur ce segment, l'ETF est objectivement difficile à concurrencer.

Mais le tableau change dès qu'on sort des méga-capitalisations : sur les petites et moyennes valeurs, environ un quart des gérants actifs font mieux que la gestion passive sur 10 ans, et les taux de succès montent encore sur une partie des marchés obligataires et de l'immobilier coté. Là où les marchés sont moins efficients et moins couverts par les analystes, le travail de sélection retrouve toute sa valeur. Les gérants qui surperforment y restent minoritaires, mais ils sont bien plus nombreux, et c'est justement là que le choix du fonds devient décisif.

Les ETF, de leur côté, ont leurs propres limites qu'on oublie souvent de mentionner :

Le vrai sujet : la sélection

La bonne question n'est donc pas « gestion active ou passive ? » mais « ce fonds précis mérite-t-il ses frais ? ». Et y répondre est un vrai travail : analyser l'historique sur 5 à 10 ans face à l'indice, la régularité des résultats, la volatilité, la stabilité de l'équipe, la cohérence de la stratégie. Puis suivre le fonds dans le temps, parce qu'un bon fonds peut cesser de l'être.

C'est exactement ce qui distingue une allocation construite d'un achat sur un classement internet.

Mon avis de conseiller, en toute transparence

Je préfère payer plus de frais pour aller chercher de la performance et une gestion du risque : c'est mon choix, et il est assumé. Je travaille avec des sociétés de gestion que j'ai sélectionnées, dont je connais les équipes, la stratégie et l'historique.

Et cette confiance a un effet que l'on sous-estime : parce que je sais précisément dans quoi mon argent est investi, j'ose en investir davantage. Un épargnant confiant investit plus, plus tôt et plus longtemps, et c'est ce trio qui construit un patrimoine, bien plus que le dixième de pourcent de frais gagné sur un tracker.

Cela ne fait pas de la gestion passive un mauvais choix : les deux approches peuvent coexister dans un même patrimoine, et aucune ne garantit la performance. Un portefeuille peut très bien reposer sur un socle indiciel à frais réduits, complété par des fonds actifs choisis là où ils apportent une vraie valeur.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la gestion passive (ETF) ?

Un ETF (aussi appelé tracker) réplique automatiquement un indice de marché, comme le CAC 40 ou le S&P 500. Il n'y a pas d'équipe qui choisit les titres : le fonds achète tout l'indice, ce qui explique ses frais très faibles, souvent de 0,1 % à 0,4 % par an.

Qu'est-ce que la gestion active ?

Dans un fonds géré activement, une équipe de gérants et d'analystes sélectionne les titres avec un objectif : faire mieux que le marché ou mieux résister dans les baisses. Ce travail humain a un coût, généralement de 1,5 % à 2,5 % de frais annuels.

Les ETF font-ils vraiment mieux que les fonds gérés activement ?

En moyenne et après frais, oui : les études SPIVA montrent que la majorité des fonds actifs font moins bien que leur indice sur 10 à 15 ans. Mais la moyenne cache une forte dispersion : les meilleurs fonds actifs battent durablement leur indice, et certains segments de marché se prêtent mieux à la gestion active.

La gestion active protège-t-elle mieux pendant les krachs ?

Pas automatiquement : en 2022, année de forte baisse, la majorité des fonds actifs ont encore fait moins bien que leur indice. En revanche, certains fonds bien sélectionnés, notamment flexibles ou patrimoniaux, ont une gestion du risque qui peut amortir les chocs. C'est une affaire de sélection, pas une propriété générale.

Peut-on combiner ETF et gestion active ?

Oui, et c'est souvent pertinent : un socle passif à frais réduits sur les grands marchés, complété par des fonds actifs sélectionnés sur les segments où ils apportent une vraie valeur. La bonne répartition dépend de votre profil, de votre horizon et de votre sensibilité au risque.

Comment savoir si un fonds actif est un bon fonds ?

On regarde son historique sur 5 à 10 ans comparé à son indice, la régularité de ses résultats, sa volatilité, la stabilité de l'équipe de gestion et le niveau de frais rapporté à la valeur ajoutée. C'est un vrai travail d'analyse, qui fait partie du métier de conseiller.

Ce qu'il faut retenir

Avant frais, la gestion active fait collectivement la performance du marché ; après frais, la moyenne des fonds actifs fait moins bien que les ETF, mais cette moyenne masque une dispersion énorme entre les bons et les mauvais fonds. Le vrai sujet n'est pas d'avoir un camp, c'est de savoir ce que vous payez et pourquoi : des frais minimaux pour copier le marché, ou des frais plus élevés pour une sélection et un pilotage qui doivent les justifier. Dans les deux cas, ni la performance ni le capital ne sont garantis, et c'est la construction d'ensemble de votre patrimoine qui fait la différence.

Sources : William F. Sharpe, « The Arithmetic of Active Management » (Financial Analysts Journal, 1991) · Rapports SPIVA, S&P Dow Jones Indices (comparaison fonds actifs vs indices, Europe et monde) · Morningstar Active/Passive Barometer · AMF : comprendre les ETF.
Loïc VIAU
Loïc VIAU

Conseiller en gestion de patrimoine, indépendant des banques et des assureurs. J'aide les particuliers et les chefs d'entreprise à investir et transmettre sereinement. Prendre rendez-vous →

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